Portés par l’incertitude géopolitique croissante, notamment en Europe de l’Est, les budgets des forces armées gonflent à travers le monde. Dans ce contexte, le secteur européen de la défense connaît une excellente dynamique boursière depuis janvier 2025. En attendant le fonds Bpifrance Défense, n’hésitez pas à doper votre assurance-vie avec de solides performances.
Jusqu’à l’invasion de l’Ukrai-ne par la Russie en 2022, les entreprises de défense étaient peu attractives sur le plan boursier.
En Allemagne, Rheinmetall, le conglomérat spécialisé dans le militaire, ne faisait même pas partie des 40 membres de l’indice boursier DAX.
Les fonds européens utilisant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) refusaient, par nature, les actions des entreprises de défense.
Celles-ci étaient en outre rejetées des fonds labellisés ISR ou article 8 selon la taxonomie européenne.
Les entreprises de l’armement européennes ne pouvaient pas non plus compter sur la demande intérieure, relativement faible.
Une enveloppe européenne pour la défense
de 800 milliards
Après des années de vaches maigres, les entreprises de l’armement sont désormais confrontées à un nouveau défi : l’augmentation des cadences de production.
Devenues des artisans, elles doivent renouer avec leur passé industriel.
En France, Dassault, qui produisait un ou deux Rafale par mois, doit passer à cinq.
En 2022, la production des canons français Caesar était d’environ deux unités par mois.
Cette cadence a été augmentée à six unités par mois en octobre 2023 et devrait atteindre la douzaine en 2025.
Pour soutenir cet effort de réarmement de l’UE, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a présenté en mars dernier le plan « ReArm Europe »
visant à mobiliser jusqu’à 800 milliards d’euros pour moderniser et renforcer les capacités militaires de l’Union.
Parallèlement, le nouveau gouvernement allemand mené par Friedrich Merz a annoncé une augmentation de son budget militaire à 3,5 % du PIB, contre 2 % auparavant, reflétant une refonte stratégique de l’OTAN et une volonté de renforcer l’industrie de défense nationale, avec un fonds d’infrastructure de 500 milliards d’euros, notamment pour moderniser la Bundeswehr.
Une réindustrialisation de la défense européenne
Sans attendre, et afin de développer une production européenne, plusieurs projets d’envergure ont été lancés.
La Direction générale de l’armement (DGA) française a signé un accord-cadre de sept ans avec KNDS France (ex-Nexter) et Safran Electronics & Defense pour développer le programme DROIDE.
Celui-ci vise à moderniser les capacités militaires françaises en intégrant des systèmes autonomes et des plateformes robotiques terrestres, avec des applications prévues entre 2030 et 2035.
En février dernier, l’entreprise franco-allemande du secteur de la défense KNDS
a repris une usine de production de trains d’Alstom pour construire des chars
(Leopard 2 et véhicules blindés Boxer).
Spécialisée dans l’électronique militaire, KNDS a également conclu un accord avec l’entreprise norvégienne Ritek pour la construction d’une usine, elle aussi dédiée à la fabrication de chars de combat Leopard 2.
Sur ce type d’activités, Hensoldt est en pourparlers avec deux grands fournisseurs de pièces détachées automobiles, Bosch et Continental, pour embaucher une partie de leur personnel.
Tous deux suppriment des emplois et ferment des usines, car la production de véhicules est en forte baisse.
Rheinmetall a aussi conclu un accord avec Continental pour offrir des emplois dans sa nouvelle usine de munitions d’Unterlüss, en Basse-Saxe.

Une croissance des chiffres d’affaires à deux chiffres
Avec cette montée en puissance, les entreprises de défense européennes affichent des objectifs ambitieux, visant une augmentation de 20 à 50 % de leur chiffre d’affaires.
Hensoldt prévoit même de doubler son chiffre d’affaires, passant de 2,2 milliards d’euros l’année dernière à 5 milliards d’euros d’ici 2030.
Rheinmetall vise un volume de ventes de 20 milliards d’euros en 2027, contre 10 milliards en 2024. À terme, l’entreprise ambitionne d’atteindre 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Pour financer leur développement, ces entreprises comptent sur les commandes publiques, mais aussi sur des capitaux privés et européens, avec l’intervention de la Banque européenne d’investissement.
La création de fonds dotés par les institutionnels et faisant appel à l’épargne publique est une piste de plus en plus évoquée.
Sur le terrain boursier, ces annonces ont eu un impact majeur.
Depuis le début de l’année, Rheinmetall affiche une hausse de plus de 100 %,
Leonardo 80 %, Renk 90 %, Thales 70 % et Dassault Aviation 50 %.
Grâce à cette dynamique, le secteur de la défense se place en tête des secteurs les plus performants en Europe depuis janvier 2025.
Cependant, ces entreprises devront faire face à des investissements conséquents pour répondre aux besoins croissants de l’Europe, ce qui mettra une pression sur leurs marges et rendra cette surperformance difficile à maintenir sur le long terme.
Il conviendra, comme toujours en Bourse, d’être pour le moins sélectif dans le choix de ses valeurs.
Mais des titres comme Dassault Systèmes et ABB pourraient aussi profiter de la hausse des investissements dans le secteur de la défense.

Le fonds Bpifrance Défense disponible au second semestre
Dans l’Hexagone, Bpifrance, la ban-que publique d’investissement, proposera au second semestre 2025 le fonds Bpifrance Défense afin de permettre aux particuliers d’investir
dans des PME ayant besoin de lever des capitaux pour faire face à la hausse de leurs carnets de commandes sur les marchés militaires et de la cybersécurité.
Ce fonds aura une taille cible de 450 millions d’euros. Bpifrance Défense investira l’épargne des ménages dans des entreprises non cotées en Bourse.
Il s’agira d’un fonds dit de capital-investissement, aussi appelé « private equity ».
Il devrait notamment être distribué au travers de contrats d’assurance-vie et accessible
à partir de 500 euros.
Bien que les modalités précises restent à définir, la durée minimale de détention sera d’au moins cinq ans.
Il s’agira d’un « fonds evergreen, qui n’a pas de durée, dans lequel on peut investir au fil de l’eau », a précisé Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance.
La capacité de financement du secteur de la défense de l’institution devrait ainsi doubler, car elle dispose déjà du fonds Innovation Défense et du fonds Definvest qui soutiennent une quarantaine de sociétés de l’industrie militaire.
L’objectif de BPI est désormais de rentrer au capital d’au moins cent entreprises.
Plus généralement, ce dispositif bénéficiera à 4 000 entreprises du secteur de la défense, qui emploient plus de 200 000 salariés.

Les assureurs se mobilisent en faveur de la défense
Pour le secteur de la défense en France, les besoins en capitaux sont toutefois estimés
à 5 milliards d’euros.
Si Bpifrance aura la charge de collecter 450 à 500 millions d’euros, le reste devra être levé via les réseaux bancaires et les assureurs, notamment par l’émission de nouveaux placements et l’ajout d’unités de compte dans les contrats d’assurance-vie et les Plans d’épargne retraite (PER).
Un plan d’épargne en actions pourrait aussi être mis en place.
La piste d’une mise à contribution du livret A est en revanche clairement écartée alors que de nombreux concitoyens s’en inquiétaient vivement ces derniers jours.
« J’encourage les Français à investir davantage dans l’économie.
Certes, il y a un risque, mais ces entreprises sont solides et, sur le long terme, elles offrent de meilleurs rendements que l’épargne classique », a estimé le ministre de l’Économie,
Éric Lombard.
Pas de livret spécial donc, pas d’avantage fiscal ni de garantie du capital non plus,
le gouvernement a opté pour une solution de facilité en déléguant simplement la collecte du capital.
Au-delà de Bpifrance, d’autres acteurs privés ont ainsi dévoilé le lancement de produits dédiés : BNP Paribas Cardif, avec à venir deux fonds cotés dédiés à la défense, et Sienna IM, avec un fonds de dette dédié aux PME du secteur de la défense.
L’AMF a quant à elle précisé qu’elle accélérerait les procédures d’agrément pour les fonds défense.

Pensez dès à présent à l’assurance-vie
Certains investisseurs n’ont pas attendu les annonces récentes pour acquérir des actions du secteur de la défense.
Cet intérêt n’est parfois pas nouveau.
Ces entreprises ont pour habitude de rémunérer leurs actionnaires chaque année, avec un dividende de l’ordre de 40 % du bénéfice net pour Thales par exemple.
L’Europe compte des sociétés cotées de premier plan dans la défense telles que Leonardo, Saab, Thales, Airbus, Rheinmetall, Safran ou Dassault.
L’assurance-vie, qui rassemble plus de 2 000 milliards d’euros, constitue d’ores et déjà un vecteur d’investissement de l’épargne vers les entreprises de la défense.
Les épargnants peuvent par exemple souscrire à des unités de comptes (UC) dédiées au secteur, investissements plus risqués que les fonds euros, mais potentiellement plus rémunérateurs.
Le gestionnaire d’actifs Tikehau Capital a par exemple annoncé le lancement d’un support d’investissement dédié au financement de l’industrie de la défense, distribué en partenariat avec Société Générale Assurances.
Qu’il s’agisse d’acheter en direct des actions du secteur de la défense ou au sein de son assurance vie des fonds dédiés, les investisseurs devront se méfier des niveaux de valorisation atteints, proches des plus hauts historiques.
À court terme, il sera désormais difficile de réaliser des plus-values.
Néanmoins, exposer son portefeuille en actions européennes du secteur peut rester une bonne manœuvre sur la durée.
Les pays européens semblent avoir intégré qu’ils devront désormais faire plus pour leur défense et ne baisseront plus la garde sur ce sujet.
C’est dès lors un thème potentiellement porteur sur la durée.









