Si les emprunteurs s’en réjouissent, la plongée des taux d’intérêt en territoire négatif a de quoi déprimer les épargnants souhaitant placer leurs liquidités à court terme. Les placements sans risque ont été particulièrement impactés. Des solutions se démarquent néanmoins, permettant encore de faire fructifier ses liquidités.

 
Absence d’inflation, croissance molle et un commerce mondial en berne… le cocktail est à nouveau réuni pour inciter les banques centrales à baisser leurs taux directeurs. En juin, le président de la Réserve fédérale Jerome Powell a franchi un grand pas vers la fin du cycle de resserrement de la politique monétaire américaine engagé fin 2015. Le patron de la Fed a laissé entendre que la banque centrale américaine ne relèverait pas ses taux cette année et a annoncé qu’elle arrêterait de réduire son bilan en septembre. Il a en outre été précisé que la Fed allait ramener la diminution de ses avoirs en bons du Trésor à 15 milliards de dollars par mois à partir du mois de mai, contre 30 milliards mensuels actuellement. En Europe, Mario Draghi a envoyé le même signal. Le président de la BCE n’a pas exclu que, face au ralentissement de la croissance dans la zone euro, la BCE pourrait relancer ses rachats de dettes publiques ou à baisser le taux directeur, déjà à zéro.

Sur les marchés, l’impact de ces annonces a été immédiat. Pour la première fois de son histoire, le taux d’emprunt à dix ans de la France est passé sous 0 %. Le coût d’emprunt de moyen et long termes est tombé à – 0,02 %. Les échéances plus courtes, jusqu’à six ans, n’avaient pas attendu ces annonces pour plonger dans le rouge. Le taux du loyer de l’argent, l’Eonia, naviguait déjà autour de – 0,40 % tandis que les taux à deux ans, français comme allemands, fluctuaient autour de – 0,65 %. Loin d’être passagère, cette faiblesse extrême des taux d’intérêt pourrait perdurer encore longtemps pour nombre d’économistes. Le Danemark est pour sa part devenu le premier pays développé dont la courbe des taux est intégralement négative.
 

Des sicav monétaires à éviter

Cette déconfiture durable des taux d’intérêt impose des défis inédits aux épargnants. Seule certitude, avec la baisse du loyer de l’argent, les
Sicav monétaires ne sont plus la panacée pour faire fructifier ses liquidités.
Elles sont même à fuir. Paradoxalement, il est même préférable de s’orienter vers les comptes de dépôt à vue ne proposant par nature aucun intérêt. Vos économies seront « uniquement » dépréciées de l’inflation. Ce scénario n’a toutefois rien d’idéal, la hausse des prix à la consommation en France s’étant accélérée en juin à 1,2 %, après 0,9 % en mai, soutenue par les prix des services et de l’alimentation, selon l’Insee. Pour l’ensemble de l’année 2019, la Banque de France estime que l’inflation devrait s’établir à 1,3 %, tout comme en 2020, avant de se hisser à 1,4 % en 2021, dans un contexte de faible dynamique des prix de l’énergie. Dans ce contexte, les solutions tels que le PEL sont également en perte de vitesse. « Les intérêts générés par les plans ouverts depuis le 1er janvier 2018 sont de fait soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 % ou, au choix, à l’impôt sur le revenu, auquel s’ajoute 17,2 % de prélèvements sociaux. Ils ne bénéficient plus de la prime de l’État. Au-delà même du rendement, les taux des prêts immobiliers sont historiquement bas. Les taux bonifiés du PEL ont donc perdu de leur attrait » indique Hugues Lebrun, responsable Marketing adjoint Épargne, Société Générale.

Bien que mis à mal par la faiblesse des taux d’intérêt, les livrets bancaires font mieux que les comptes à vue, avec une rémunération moyenne à 0,24 %, contre 3 % avant la crise financière de 2007-2008. Avec leurs offres promotionnelles, les livrets des banques en ligne offrent un peu de piment. Les livrets des constructeurs automobiles – PSA et Renault – sont toutefois les plus compétitifs actuellement, avec des rémunérations avoisinant 1 %. À cela peut s’ajouter, comme dans le cas des banques en ligne, des offres promotionnelles, même si celle-ci se font de plus en plus rares. Pour l’ouverture d’un livret, PSA Banque proposait cet été un taux de 3 % sur deux mois. Avant de se laisser séduire par ces offres promotionnelles, il est important de s’intéresser en premier lieu au taux réellement servi par ces livrets dans la durée. « Les offres promotionnelles des banques en ligne se limitent généralement aux taux servis.
Elles ne s’inscrivent pas dans la durée. C’est surtout un effet d’affichage. Sur le long terme, les performances de ces livrets ne se démarquent pas vraiment » explique Hugues Lebrun.
 

Les livrets défiscalisés plus rémunérateurs que les livrets des banques en ligne

Avec ses 0,75 % défiscalisés, le Livret A offre une rémunération « nette » supérieure aux livrets des banques en ligne et constructeurs automobiles. C’est également le cas du livret de développement durable (LDD, ex-Codevi). Leur avantage réside dans le fait que leurs intérêts ne supportent ni l’impôt ni les prélèvements sociaux. Chaque personne majeure peut déposer jusqu’à 22 950 euros sur un livret A et 12 000 euros sur un LDD, soit 34 950 euros. N’oublions pas le livret d’épargne populaire (LEP), rémunéré à 1,25 % (son plafond est fixé à 7 700 euros), pour les personnes dont le revenu fiscal est modeste : soit 19 274 euros pour un célibataire et 29 567 euros pour un couple sans enfants.

Petite astuce pour optimiser sa rémunération, il convient de surveiller ses dates de versements et de retraits. Les versements commencent à produire des intérêts à partir du premier ou du seizième jour du mois suivant le dépôt. Si vous déposez de l’argent pendant une quinzaine, il produira des intérêts la quinzaine suivante. Aussi vaut-il mieux déposer quelques jours avant le 15 du mois ou le dernier jour du mois pour obtenir des intérêts dès la quinzaine suivante. À l’inverse, pour optimiser vos retraits, il convient de retirer vos liquidités en début de quinzaine.
 

Les fonds en euros battent l’inflation

Même si l’assurance-vie est traditionnellement présentée comme un placement de long terme, elle a sa carte à jouer en matière de rémunération des liquidités. C’est un produit flexible, ouvrant le droit à des avan-ces et des rachats avec un impact fiscal limité, voire nul. Certaines précautions sont toutefois à prendre.
Il est conseillé de privilégier les contrats dont les frais de versement sont nuls. Dans le cas de frais de versement de 3 %, vos gains seront tout simplement inexistants, au moins la première année. Les offres des banques en ligne sont généralement les mieux positionnées en matière de frais d’entrée et sont par conséquent à privilégier.
Le niveau de rémunération du fonds en euros est un autre paramètre à surveiller. En chute libre ces dernières années, leur rendement est tombé en 2018 à 1,6 % selon le cabinet Good Value for Money. Pour mémoire, leur taux s’affichait à 1,95 % en moyenne en 2016 et 1,8 % en 2017.

Malgré une offre encore limitée, les fonds en euros immobiliers constituent une alléchante alternative. Ils figurent régulièrement en tête des palmarès des fonds en euros. L’an passé, leur rendement moyen s’est établi à 2,37 %. Sécurité Pierre Avenir de Survanir a même offert du 3,20 %. Pour bénéficier de telles performances, ces fonds investissent généralement dans des murs de commerces, de bureaux ou d’entrepôts, destinés à être loués à des entreprises. Ils constituent un excellent moyen de profiter du dynamisme à long terme de l’immobilier d’entreprise, tout en conservant une totale garantie de son capital. Seule ombre à ce tableau, l’accès à ces fonds au sein des contrats devient de plus en plus contraignant car les assureurs exigent souvent que les versements soient accompagnés d’une partie en unités de compte, donc d’une part de risque !