PROTÉGER SES PLACEMENTS EN PÉRIODE DE DÉFLATION

PROTEKPLACMENTLa hausse des prix n’a jamais été aussi basse dans la zone euro.
Au point que certains redoutent que ne s’enclenche une spirale déflationniste comme celle qui a rongé l’économie japonaise pendant vingt ans. Si ce scénario n’est pas encore inéluctable,
il impose de prendre quelques mesures pour protéger votre capital. Patrimoine Privé vous livre quelques clés pour gérer au mieux vos actifs.

 

 

Comment en sortir ? « C’est la question à 1 000 milliards de dollars » s’esclaffe avec un rire plutôt jaune un gérant interrogé sur les remèdes à employer contre la déflation. Depuis quelques mois, elle est devenue l’une des craintes qui agitent les marchés financiers. Pour le patron des investissements d’ING IM, Hans Stoter, elle figure au même rang des menaces sur la croissance mondiale que la décélération prolongée de l’économie chinoise. À première vue, ce que Malik Haddouk, chez CPR AM, définit comme «une baisse généralisée des prix des biens et des services sur une période considérable » apparaît comme une aubaine. Ce qui hier était inabordable devient bon marché. En fait, ce phénomène se transforme en un véritable « cercle vicieux » qui « s’auto-alimente de lui-même », rappelle-t’on, chez Oddo lorsque les salaires baissent à leur tour, prolongeant une baisse de la demande, des marges des entreprises, de leurs investissements, des recettes fiscales, etc. Pourtant, quand elle paraît, la déflation est plutôt bien accueillie. « Pour les consommateurs, une baisse des prix est synonyme de gain futur de pouvoir d’achat, d’économies sur leurs prochaines dépenses » explique Azad Zangana, économiste chez Schroders. Mais voilà : cette posture d’attente ronge très vite l’économie, à la manière d’un virus extrêmement toxique. « Lorsqu’ils anticipent une baisse des prix, les consommateurs reportent, retardent ou diffèrent leurs emplettes. Le phénomène est identique du côté des entreprises, qui, de leur côté, reportent leurs investissements. La situation devient vite inextricable lorsque les salaires dévissent à leur tour ». Au vu des dernières données concernant l’économie française ou celle de la zone euro, il y a donc de quoi s’inquiéter, avec une inflation proche de zéro (et très en-dessous de l’objectif de 2 % par an fixé par la BCE de Francfort), une consommation déprimée et un investissement aux abonnés absents. Même le rebond « miraculeux » du PIB français au troisième trimestre est exécuté sans jugement par l’économiste de Schroders, qui pointe « une activité surtout soutenue par la dépense publique ».

Ce virus menacerait-il l’économie française ? Non tant qu’il ne se propage pas aux salaires.
« En pareil cas, il serait extrêmement difficile d’en sortir » s’alarme un économiste. Malik Haddouk se veut rassurant et rappelle qu’il faut distinguer l’inflation Core, qui surveille l’évolution de l’alimentation et de l’énergie entre autres, du total de l’inflation. « La baisse des prix du Core est en général conjoncturelle, passagère ». Comme en écho, les pointages de JP Morgan montrent une hausse de 0,8 % du Core en octobre dernier. L’expert de CPR se veut rassurant : « la BCE est bien consciente du risque. Elle fera tout pour l’éviter, pour que la zone euro ne soit pas entraînée dans une spirale à la japonaise ». Car l’exemple des deux décennies perdues par l’Empire du Soleil Levant trotte dans toutes les têtes. Il y a vingt ans en effet, l’explosion de la bulle immobilière de ce pays cassait brutalement sa croissance et plongeait son économie dans un marasme prolongé. « Les actifs japonais n’ont cessé de s’éroder » souligne Benoît Momméja, directeur des investissements d’Oddo Banque Privée. Rien de tel ne semble se profiler pour la France et la zone euro. L’Europe va traverser « une période prolongée d’inflation faible avant qu’elle ne reparte doucement à l’horizon six à huit mois » poursuit Malik Haddouk. Azad Zangana partage de ce diagnostic et ne croit pas lui non plus à une entrée en déflation. Car quelques signaux encore très ténus pourraient militer pour une reprise d’ici cet horizon. Il y a d’abord la baisse de l’euro, qui redonne une bouffée d’oxygène aux entreprises et surtout à leurs marges. Tout comme la décrue des cours de l’énergie. Mieux : la distribution de crédit aux entreprises frémit. Quant à la BCE, elle se résigne à la perspective d’un Quantitative Easing massif, à la manière de ce qu’a tenté la FED pour ranimer, avec succès, l’économie américaine.

Face à ses perspectives peu emballantes, que peut faire l’investisseur pour protéger ses actifs, voire pour les faire fructifier ? « Mieux vaut se trouver dans la situation de prêteur que dans celle d’emprunteur » prévient Jean-Philippe Taslé d’Héliand président d’Oddo Banque Privée. Deux classes d’actifs sont donc à proscrire pour les prochains trimestres : l’Or et l’immobilier. Car du côté de la pierre, deux facteurs plaident pour une poursuite de la glissade des prix : la raréfaction des acheteurs et des taux réels toujours chers car non érodés par l’inflation. Surtout ce mauvais moment à passer impose non pas le repli sur son pré carré mais l’ouverture sur le Grand Large. « Les intermédiaires financiers japonais ont compensé le marasme de leur marché par des achats et des placements vers des pays et des zones plus dynamiques » rappelle-t-il. « Si l’on croit à un scénario de déflation dans la zone euro, Il faut investir hors de ce territoire, aller vers des actifs des pays émergents d’Asie, des États-unis, du Japon » reprend-il. En clair : là où croissance et inflation vont de pair.

Bien sûr, les obligations ne sont pas à négliger, même si les taux d’intérêts vont poursuivre leur baisse pendant encore quelques mois, voire un ou deux trimestres. Mais pas n’importe lesquelles. « Nous penchons davantage pour une période prolongée d’inflation faible avant qu’elle ne reparte tout doucement.

Les titres indexés sur l’inflation, sur une remontée future de la hausse des prix nous semblent un pari pertinent » soutient ainsi Malik Haddouk. Rien de tel donc que les dettes souveraines long terme françaises, allemandes ou néerlandaises. Mais, comme le souligne Benoît Mommeja :
« il est extrêmement difficile de prévoir aujourd’hui ce que sera l’inflation dans cinq ans avec un taux actuel de 1,8 % inférieur à l’objectif de 2 % annuel que s’est fixé la BCE ». En fait, seules les obligations privées High Yield ou à haut rendement trouvent grâce aux yeux des experts. L’exercice impose toutefois de faire preuve de la plus grande sélectivité. « Les titres les plus indiqués sont ceux d’entreprises au bilan sain et peu, voire très peu, endettées »
souligne Jean-Philippe Taslé d’Héliand.

Quant aux actions, ce sont les valeurs dites de croissance, plutôt que les cycliques, qui reçoivent les faveurs des salles de marché. Mais là-encore, la sélectivité demeure de rigueur.
Et particulièrement pour celles de la zone euro. « Il ne faut retenir que celles qui sont peu exposées à leur marché domestique » insiste-t-on chez Oddo Banque Privée. L’heure est donc au « Flight to Quality » ou plutôt à l’embarquement vers des régions ou l’inflation « sévit toujours », comme le Japon, les États-Unis et les dragons d’Asie. Ensuite, les gérants et analystes penchent davantage pour les titres délivrant des dividendes élevés. Le taux de distribution devient ainsi l’autre mètre étalon de l’investisseur face à un environnement de faible inflation. Et la stratégie High Dividende, le nouveau mot d’ordre des salles de marché. Car comme le rappelle Nicolas Simar, le responsable de la boutique Equity Value d’ING IM, « celles qui offrent des dividendes élevés, supérieurs à 50 % des bénéfices, sont aussi celles qui affichent les plus fortes croissances des résultats.

Le réinvestissement systématique des dividendes donne un surcroît de rendement annuel de l’ordre de 3 %. Les bénéfices de cette stratégie sont encore plus importants sur le long terme ».

La conclusion d’un tel raisonnement est donc évidente : « celles qui affichent une croissance régulière de leur dividende et se montrent généreuses avec leurs actionnaires sont clairement à privilégier » reprend Azad Zangana. « Les entreprises de la zone euro qui offrent un taux de distribution leur conférant un rendement supérieur à celui des emprunts d’État » précise Malik Haddouk. Les valeurs des marchés émergents méritent d’autant plus un examen approfondi qu’elles sont de plus en plus nombreuses aujourd’hui à récompenser leurs actionnaires, tout en offrant de belles perspectives de croissance. Ce qui ne doit surtout pas empêcher l’investisseur de faire preuve de rigueur dans la sélection des titres High Dividendes : il doit bien s’assurer que la croissance des résultats sera soutenable. Et ne pas négliger non plus, les actions distribuant des rendements moindres mais capables de mieux faire par le passé. Ne serait-ce que pour ne pas rééditer l’erreur d’ING IM négligeant de se positionner sur Apple, qui elle aussi s’est convertie à la distribution d’une partie de ses bénéfices. Deux secteurs se détachent donc : la pharmacie-santé et l’énergie, plus particulièrement les entreprises pétrolières. Avec la décrue des cours du brut, ces dernières devraient en sus bénéficier d’une remontée de leurs marges. Qui justement sont calculées en euro, une monnaie orientée à la baisse face au dollar, l’unité de facturation du baril. Quant aux laboratoires et fournisseurs de matériels médicaux, le dynamisme de leurs affaires dans les pays émergents, plaide également en leur faveur.

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