LES ULTRAS CARTES

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La Centurion d’American Express, l’Infinite de Visa et, dans une moindre mesure la Platinum de Mastercard, représentent le stade ultime du signe extérieur de richesse. En échange d’une cotisation jugée très salée au premier coup d’œil, elles offrent à leurs bénéficiaires un bouquet de prestations, services et garanties au-delà du réel.

 

Black is beautiful. Le noir a valeur de puissance, de mystère et d’élégance, voire de classicisme si on le compare à l’Or ou au cuivre jugés à tort ou à raison trop ostentatoires. American Express et Visa l’ont bien compris en proposant à leurs clients les plus fortunés une carte ultime de couleur sombre, encore plus élitiste et exclusive que les Platinum déjà très sélectives. Mais, pas assez. Car nombre de clients et de banques distributrices éprouvaient le sentiment que leur diffusion croissante, pourtant parcimonieuse, galvaudait son image et par ricochet les déclassaient. Tout comme avant elles, la démocratisation des Gold et Premier crispaient leurs premiers happy few bénéficiaires. Amex et Visa ont donc réagi en dégainant leur Black ou UltraCard réservée à une infime minorité à très forte puissance de feu financière : la Centurion pour le premier et l’Infinite pour l’autre. Car, comme le souligne le dirigeant d’une banque de réseau, « ces cartes sont très demandées pour leur force statutaire. Quand une banque la propose à ses clients, cela lui permet non seulement de segmenter sa clientèle mais aussi de montrer combien ses clients les plus riches comptent pour elles, en leur proposant cet élément de différenciation » souligne Hervé Martel, le directeur des services affinitaires du courtier d’assurances Gras-Savoye. Black is Powerful ! Et, au-delà de la couleur, le premier élément de valorisation d’une Centurion s’apprécie au toucher : ce rectangle n’est pas manufacturé en banal plastique mais en titane. Mieux, un riche saoudien a même obtenu le droit d’y incruster un diamant !

Mais cette distinction se paie. La cotisation annuelle d’une Centurion est fixée à 2 000 euros.
Et encore, il se murmure que ce prix pourrait même être triplé pour le millésime 2013. À peine moins chère, l’Infinite de Visa se négocie tout de même à 250 euros par an. Mais pour obtenir cette dernière, il faut tout de même s’engager à régler avec ce rectangle au moins
150 000 euros de dépenses du 1er janvier au 31 décembre. Chez cet émetteur, on se souvient d’un nabab russe en escale sur la Côte d’Azur l’ayant dégainée pour régler le plein de son carburant de son méga-yacht : 300 000 euros pour un simple plein payé à la station service comme s’il s’était agi de celui d’une petite auto ! Davantage, leurs deux promoteurs se targuent de ne les distiller qu’au compte-goutte, ne serait-ce que pour préserver leur caractère exclusif et éviter qu’elles ne se banalisent. Inutile de demander une Centurion : seul Amex se réserve le droit de coopter tel ou tel profil comptant au moins quelques années d’ancienneté avec une carte Platinum (plus de 500 euros par an). Ce qui explique que la filiale de la Wells Fargo compte moins de 1 000 « Pretoriens » en France quand Visa n’aligne que 190 000 Infinite, contre plus de 90 millions de cartes en circulation sur le territoire national.

Mais le jeu en vaut la chandelle. Car en échange de ces tarifs dopés par rapport à ceux d’une carte Platinum, Gold ou Premier, les facilités et services attachées à ces « blacks » défient l’imagination. Tout ou presque est fait pour conforter le sentiment d’appartenance
à une élite de leurs détenteurs (personne n’est jamais propriétaire d’une carte de crédit ou de paiement), pour devancer leur désirs ou tout simplement faciliter leur quotidien où qu’ils se trouvent. Et ce autour d’un seul mot d’ordre : leur permettre d’accéder à l’inaccessible.
Ce qui commence par un crédit quasi-illimité. Chez American Express qui se limite au 1 % des plus riches du monde, les possibilités de retrait ou de paiement sont « non limits ». Pour l’Infinite de Visa, un cran en-dessous, malgré ce que suggère son nom, le plafond au distributeur ou à la caisse ne saurait être inférieur à 20 000 euros mensuels.

Pour mémoire, il culmine à 1 500 euros hebdomadaires pour une Visa Premier. Le meilleur serait cependant à venir, puisque le challenger de ce dernier, et précurseur de ces cartes ultimes, serait sur le point de conclure des accords encore plus fous. Ainsi, si le cœur leur en dit, les heureux détenteurs d’une Centurion pourront régler des achats qui, pour le commun des mortels, imposent la souscription d’un crédit. Un cadre du groupe évoque même la possibilité de s’en servir pour financer un achat immobilier, prolongeant ainsi l’option disponible de règlement d’une location ponctuelle ou pour les vacances via cette « plastic », l’autre nom des cartes de crédit chez les gangs américains.

Ultras cartes, visa premier, american express, centurion, mastercard, gestion placementLà-encore, toutes ces options et évolutions découlent d’une même logique : favoriser toujours plus de transactions avec ces cartes ultimes, synonymes de commissions en retour comprises entre 0,47 et 2,5 % du montant, pour Visa et Amex et les banques distributrices. La mayonnaise prend au-delà des espérances les plus folles puisque, selon le premier, une Infinite engrange
24 000 euros de « trafic » par mois contre moitié-moins pour une Premier.

« Ces cartes s’adressent en priorité à des clients qui voyagent beaucoup plus loin et beaucoup plus souvent que d’autres, pour leurs affaires ou pour leurs loisirs. Il est donc normal qu’ils dépensent plus avec elles. Il va donc aussi de soi que les garanties et assurances qui leur sont attachées soient plus élevées que pour des cartes moins haut de gamme » précise utilement Nicolas Vié, directeur général de Gan Eurocourtage, qui élabore des programmes d’assurance pour les émetteurs et les banques distributrices de ces moyens de paiements. « Elles sont de plus en plus consommées pour les garanties annulations de voyage et retour anticipé et notamment depuis que les établissements bancaires communiquent massivement sur ce point » reprend Nicolas Vié.

Qu’il s’agisse de Mastercard avec sa Platinum ou de la black d’Amex et Visa, l’indemnisation s’élèvera jusqu’à 10 000 euros par personne et par voyage, et autant mais par assuré et par an pour l’Infinite de Visa. Idem pour les retards qui donnent droit à plusieurs centaines d’euros, sans oublier l’accès à une suite pour mieux se reposer en attendant le prochain vol. Tout comme la perte de ce précieux sésame qui déclenche l’expédition d’une somme pouvant aller jusqu’à 3 000 euros pour parer au plus pressé, et ce en moins de 24 heures partout dans le monde.

Quant à la perte ou aux retards de livraisons de bagages, l’assurance de ces cartes ultra-premiums inclut également le cas de vol dans une chambre d’hôtel. Mieux, chez Amex, les modules d’assurance auto couvrent non seulement les dommages subis ou causés par sa propre auto, mais aussi ceux des véhicules de location. Avec à la clé, la mise à disposition d’un modèle de gamme supérieure.

Surtout, le bouquet de services d’assurance et d’assistance de ces cartes ultimes prend tout son sens en cas de rapatriement sanitaire ou d’accident de santé à l’étranger. Et pas seulement en raison des majorations des sommes mises à disposition pour régler des frais de santé. L’hospitalisation s’effectuera dans une chambre particulière avec, le cas échéant, les services d’un interprète dépêché sur place, et une autre pièce dédiée uniquement aux accompagnants du voyageur indisposé. Le retour au bercail sera assuré en Business ou en Première. Surtout, les affections ou blessures survenues en zone d’épidémies ou en cas de catastrophes naturelles ne constituent pas des exclusions de garanties. Seuls les dommages survenus en zone de conflit ne sont pas couverts. Et encore, l’an dernier, grâce à sa black, un grand reporter blessé a pu être exfiltré d’une Libye alors sous le feu d’une coalition internationale !

L’essentiel est sans doute ailleurs : ces cartes ultra-premium sont essentiellement demandées en raison du service de conciergerie mis à la disposition des clients de Visa, Mastercard et Amex, 24 heures sur 24, 365 jours par an et dans n’importe quel point du globe. Et à qui on peut tout demander ou presque, dans la limite de la légalité. Inutile donc d’appeler le concierge pour lui demander des filles ou des substances illicites. En revanche, ce dernier se mettra en quatre pour combler les demandes les plus simples comme les plus folles. Les opérateurs d’American Express à Rueil-Malmaison se souviennent encore de ce client suisse qui souhaitait offrir à sa femme un cadeau somptueux aperçu chez un joaillier de la Place Vendôme lors de l’un de ses passages éclairs à Paris. Un coup de fil a suffit pour que son désir soit exaucé : un acheteur mandaté par Amex s’est rendu en boutique pour récupérer et régler cette pièce unique avant de la confier à un « officierde sécurité » qui l’a convoyé jusque sur les bords du Léman pour la remettre à son employeur, avant que cette parure n’orne le cou de son épouse.

Dans un autre registre, un autre richissime client a pu émerveiller ses hôtes en leur offrant un safari au Kenya organisé à la toute dernière minute par Visa, depuis l’affrètement d’un jet privé à long rayon d’action jusqu’à la fourniture de soupers fins en pleine brousse et de quoi équiper de pied en cap cette petite dizaine de chasseurs d’un jour. Plus prosaïquement, la plupart des requêtes portent sur des réservations pour des spectacles, concerts et autres événements sportifs et culturels à la dernière minute, ou sur des services et prestations à domicile, pour des travaux de secrétariats ou d’interprétariat, de plomberie, voire de repassage en urgence ou pour accorder un piano. Et quand ce coup de fil n’a pas pour objet de commander une limousine ou un taxi, il s’agit de réserver un yacht ou une demeure de prestige afin d’y organiser un séminaire, ou de goupiller une escapade en montgolfière au-dessus des vignobles de Bordeaux ou de Bourgogne et quelques escales de dégustation dans les plus grands crus et terroirs. Et même pour demander la privatisation pour une soirée du flagshop de telle ou telle marque de prestige dans le luxe, la high-tech ou le sport.

Au point qu’à en croire Nicolas Gusdorf, le directeur général de Mutuaide (Groupama), les détenteurs de ces blacks les considèrent de plus en plus comme un assistant personnel. Et ce n’est pas tout, car là-encore les services de conciergerie rivalisent d’imagination pour aiguiser toujours plus chez leurs clients le sentiment d’appartenance à un cercle restreint et ultra-privilégié. Voire d’invulnérabilité. Un jour, Visa a ainsi écrémé tous ses indics d’une grande capitale européenne pour dénicher une sculpture sur glace. Une autre fois, il s’agissait de récupérer une chorale pour animer une soirée. L’un comme l’autre des émetteurs de ces Blacks ont passé des accords avec les plus grands restaurants du monde pour garantir aux membres de ces cénacles d’y disposer d’une table à tout moment, au gré de leurs envies. Et puis, posséder l’une ou l’autre (et pourquoi pas les deux sans oublier la Platinum de Mastercard) de ces cartes extrêmes ouvre bien des portes habituellement fermées au commun des mortels. Rencontrer en toute intimité Lady Gaga ou évoluer dans les coulisses du défilé de mode du créateur le plus couru du moment ? S’initier ou se perfectionner en cuisine avec les plus grands chefs du monde et au piano des plus prestigieux palaces de la planète ? Déambuler parmi les vignes, chais et caves des plus grands crus en compagnie des maîtres des lieux ? Infiltrer les arcanes de Roland Garros ou Wimbledon et « toucher » la bulle où s’isole le Top Ten du classement ATP ? Rien de plus simple : il suffit de demander. Ou plutôt de répondre aux invitations distillées tous les ans par Amex, Visa ou Mastercard, qui ne reculent devant rien ou presque pour étonner les plus blasés de leurs clients.

Là-encore, toutes ces manifestations d’attention obéissent au même objectif : multiplier les occasions de leur démontrer que le prix hyper élevé de ces moyens de paiement leur garantie de cultiver un entre-soi inexpugnable pour le commun des mortels, quand bien-même son portefeuille serait lesté d’une Gold, d’une Platinum ou d’une Premier. Et multiplier les occasions de la faire chauffer, ou d’imprimer ce fameux slogan devenu culte : « ne partez pas sans elle ».

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