LES DEUX VISAGES DE L’ASSURANCE-VIE

Les deux visages de l'assurance-vie

L’assurance-vie traverse une période difficile. La collecte est en berne et les rendements baissent…Sur le terrain fiscal, la prudence reste par ailleurs de mise. Car, si le projet de loi de finances 2013 a épargné l’assurance-vie, la piètre santé de nos finances publiques pourrait rapidement imposer un nouveau tour de vis. Le placement préféré des français multiplie néanmoins les atouts, à condition de sortir des sentiers battus. Tour d’horizon…

 

Trop souvent réduite aux seuls fonds en euros,l’assurance-vie souffre. Longtemps présentée comme le placement préféré des Français, elle se trouve bousculée par la concurrence du Livret A, dont le plafond de dépôts vient d’être relevé à 19 125 euros depuis le 1er octobre (au lieu de 15 300 euros). Le ministre des finances Pierre Moscovici a en outre annoncé que le plafond du Livret A sera à nouveau remonté de 25 % d’ici la fin de l’année, ainsi que début 2015 et encore du même taux en 2016. Le plafond du livret de développement durable (LDD) a quant à lui déjà doublé à 12 000 euros.

Conjugué à la baisse de ses rendements, l’assurance-vie a subi un vent de décollecte de 15,3 milliards sur les 13 derniers mois. Sans compter que le rapport Duquesne a évalué entre 30 et 55 milliards d’euros les sommes supplémentaires qui devraient être déposées sur le Livret A et le LDD d’ici deux ans, dont un tiers proviendrait de l’assurance-vie.

 

Un désamour pas toujours fondé

Reste à savoir si l’assurance-vie a réellement perdu tous ses atouts et ne supporte plus la comparaison vis-à-vis de la palette de placements qui se présente aux épargnants français ? Force est de constater que les raisons profondes du mouvement de désaffection dont est victime l’assurance-vie ne sont pas uniquement le fruit de ses qualités propres. Les banques, qui sont largement présentes sur le marché de l’assurance-vie, sont quelque peu poussées à favoriser la collecte sur les livrets bancaires, suite aux nouvelles règles de solvabilité et de liquidité imposées par Bâle III. Avec ces normes, elles doivent en effet collecter un maximum de dépôts auprès de leurs clients pour disposer d’argent frais.

Du coup, elles ont choisi de mettre en avant les placements qui leur permettent de comptabiliser ces dépôts dans leur bilan, ce qui n’est pas le cas de l’assurance-vie. Le poids de l’incertitude fiscale est par ailleurs présent dans l’esprit des épargnants. Durant la campagne présidentielle, François Hollande avait brandi la menace d’un alignement de la fiscalité des contrats de moins de 8 ans sur le barème de l’impôt sur le revenu.

Et même si depuis le gouvernement a fait marche arrière en assurant qu’aucune modification n’était finalement prévue dans le projet de loi de finances 2013, les épargnants restent prudents. Car le grenier à épargne que constitue l’assurance-vie ne manquera pas d’attirer les convoitises du gouvernement si les finances publiques venaient encore à se dégrader, ce qui est loin d’être exclu dans le climat conjoncturel actuel. L’exécutif a de plus confié aux députés PS Karine Berger et Dominique Lefebvre le soin d’établir un rapport sur l’épargne financière qui servira à établir une future réforme. La crise actuelle pousse en outre les Français à puiser dans leur épargne pour compenser un pouvoir d’achat en berne. L’Insee a ainsi anticipé une baisse du taux d’épargne de 16,4 % à 15,1 % d’ici la fin de l’année, affectant au passage l’assurance-vie. À cela s’ajoute le départ à la retraite des baby-boomers qui après avoir épargné tout au long de leur vie sont en âge de ponctionner leur assurance-vie…

 

Les deux visages de l'assurance-vie

Des rendements historiquement bas

Mais au-delà de ces facteurs exogènes aux qualités propres de l’assurance-vie, la baisse des rendements des fonds en euros est un véritable point noir, alimentant également le désamour des Français. En 2011, ils ont chuté à 3 % et devraient passer sous ce seuil cette année sans compter l’alourdissement des taxes comme les prélèvements sociaux qui ont grimpé à 15,5 % cet été, contre 12,3 % il y a un an… Le placement roi des années 2000 voit ainsi son étoile pâlir. Son taux de rendement était encore de 4,6 % brut en 2006.

La cause de cette érosion des rendements réside dans le repli quasi continu des taux des emprunts d’états français à dix ans depuis le début de la crise financière. Actuellement, ces derniers rapportent un peu plus de 2 % contre plus de 4,7 % en 2008… Conséquence : la faiblesse des rendements d’État, actif majeurs des fonds en euros, impacte sur la rémunération de ces supports sécurisés. Dans ce contexte, la concurrence du Livret A, placement de court terme défiscalisé, a porté un rude coup aux contrats euros de l’assurance-vie. Les offres des banques en ligne avec leurs Super Livrets, dopées aux offres promotionnelles, ont accentué la pression. Il se pourrait même qu’en 2013 le rendement brut des fonds en euros soit inférieur à celui du Livret A qui devrait se situer à 2,75 %. Sans compter que net de la fiscalité, le rendement des fonds en euros atteindrait péniblement les 2 %.

Si certains fonds en euros sont susceptibles de tirer leur épingle du jeu, il sera nécessaire d’être pour le moins sélectif. Tous les contrats sont loin d’afficher les mêmes rendements. Parmi les pistes à explorer, il convient de s’intéresser aux assureurs mutualistes, comme la Carac ou SMABTP… En moyenne, la rémunération de leur fonds en euros est plus attractive. L’écart peut dépasser les 0,5 points. Cela s’explique par le fait que ces groupes n’ont pas d’actionnariat à rémunérer. Ils sont donc globalement plus généreux avec leurs clients.

Les contrats en ligne affichent également bien souvent des rendements au-dessus de la moyenne. Leurs taux sont souvent dopés pour conquérir de nouveaux clients. Sans oublier que les contrats d’assurance-vie ne supportent bien souvent pas de frais sur les versements et que les frais de gestion sont réduits à leur portion congrue, autour de 0,6 % à 0,7 %.

 

Des Unités de compte à redécouvrir

Mais l’assurance-vie est un placement à moyen ou long terme, avant tout indiqué pour la prévoyance ou la préparation des retraites, au même titre que le Perp ou l’épargne entreprise. Très recherchés actuellement, les livrets bancaires ou le Livret A n’ont pas vocation

à remplir de tels objectifs. Or pour les épargnants, il est important de ne pas sombrer dans le court-termisme.

À ce titre, même si les marchés boursiers subissent actuellement de fortes fluctuations, les actions ne peuvent être purement et simplement mises à l’écart de tout projet financier. Les actions sont en outre un excellent moyen de diversification, à condition d’accepter une part de risque. Les indices boursiers sont certes confrontés à une décennie noire mais les grandes entreprises affichent de solides performances et certaines actions ont surperformé les indices.

Il convient donc de choisir les bons gestionnaires pour s’assurer de solides performances.Si aujourd’hui, les fonds en euros représentent 85 % de l’encours de 1 300 milliards des contrats d’assurance-vie, contre seulement 15 % pour les unités de comptes, il convient de penser à un rééquilibrage de son épargne. À ce titre, le moment est peut-être venu de considérer de nouveau les unités de compte comme une alternative aux fonds en euros. La recherche de rendements plus attractifs doit inciter les épargnants à investir sur des supports plus risqués pour au moins compenser l’inflation et continuer de profiter des avantages patrimoniaux de l’assurance-vie.

Mais tous les choix de gestion ne se valent pas. La première règle est de ne pas mettre tous ses œufs, en même temps, dans le même panier ; ce qui est le cas dans un contrat d’assurance-vie en unités de compte sur lequel on peut choisir la multigestion associée à de nombreux titres cotés. Les investisseurs souhaitant limiter leur risque pourront par exemple s’orienter vers des solutions d’épargne régulière et programmée. En outre, les versements programmés peuvent être faibles, à partir de 50 euros par mois.

 

Une fiscalité toujours avantageuse

L’assurance-vie apparaît donc comme un placement à ne pas négliger, sans compter que si des craintes ont prévalu lors de la préparation du projet de loi de finances 2013, il s’avère que sa fiscalité a été épargnée. Cette dernière n’a pas été modifiée en ce qui concerne l’imposition des plus-values. Ainsi, en l’absence de retrait, les produits du contrat ne subiront aucune fiscalité au titre de l’impôt sur le revenu. De même, en cas de rachat total ou partiel du contrat d’assurance-vie, la fiscalité n’a pas évolué.

Pour les prochaines années, le gouvernement ne cache pas toutefois réfléchir à porter le nombre d’années de détention pour bénéficier de l’exonération des plus-values de 8 ans à 10 ans, voire même 12 ans. Le rapport Gallois est d’ailleurs favorable à l’allongement de la durée de vie des contrats à 12 ans, avec en contrepartie une fiscalité avantageuse pour les contrats investis en unités de compte. L’idée est que « l’épargne soit orientée vers des placements longs et à risque, et les placements longs vers l’industrie. C’est le complément indispensable du choc de compétitivité ».

Si le rapport Gallois estime que les contrats en unités de compte ou diversifiés devraient être « avantagés » par rapport aux contrats en euros, là aussi par un biais fiscal, la Fédération française des sociétés d’assurance a déjà avancé depuis plusieurs années des pistes pour une telle réforme. Dès 2008, la FFSA préconisait une réforme de supprimer toute taxation sur les gains après douze ans de détention, au lieu d’une imposition à 7,5 % après huit ans comme aujourd’hui.

Par ailleurs, si l’assurance-vie est un outil essentiel pour les projets de long terme comme par exemple la préparation de sa retraite, elle est également incontournable pour transmettre un patrimoine. Sa fiscalité reste plus que concurrentielle. En matière de transmission, ses avantages se cumulent avec l’abattement de 100 000 euros par enfant et par parent. Ce qui permet de transmettre 252 500 euros en franchise. En comparaison, les abattements liés aux autres instruments financiers ont progressivement été supprimés.

Au final, entre inquiétudes et espoirs autour de la fiscalité de l’assurance-vie, ce placement est toujours à privilégier pour la gestion de son épargne longue ou la transmission d’un capital. Il faudra tout de même surveiller les contours exacts d’une probable et nouvelle évolution de sa fiscalité !

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