LES ATOUTS DE LA DIVERSIFICATION

diversificationFace au regain de volatilité des marchés financiers et les interrogations persistantes sur l’ampleur de la reprise dans les grands pays industrialisés, les épargnants restent confrontés à un véritable casse-tête au moment de placer leur épargne.
Le défi est non seulement de dégager de la performance mais plus généralement de parvenir à préserver ses économies. Voici les pistes à privilégier !

 

Une large majorité de Français craignent pour leur épargne. Malgré des indicateurs macro-économiques en légère amélioration et une croissance du PIB au 1er trimestre de 0,6 % en France, dont il difficile de savoir si elle marque un tournant ou si elle sera éphémère, 73 % des Français recherchent actuellement des solutions pour protéger leurs économies, selon le baromètre sur « les Français et leur épargne » réalisé fin mars par l’IFOP et la société AuCoffre.com.

Ce climat de doute et d’incertitude est également visible vis-à-vis du gouvernement : seuls 22 % des interrogés affirment avoir confiance en la politique financière française.

À la recherche de petites et grandes économies pour rentrer dans les rangs et espérer respecter les critères de Maastricht, les retraites devraient être mises à contribution, après les allocations familiales et la réduction des dotations aux communes, ce qui a augmenté les impôts locaux.

Alors que les banques semblent régulièrement être l’interlocuteur privilégié en termes d’épargne et de placements, une défiance est également remarquée vis-à-vis du système bancaire. En effet, 42 % des Français n’ont pas confiance en leur banque, avec une hausse de 6 points depuis novembre 2012. Et 47 % des Français craignent toujours le risque de faillite bancaire.
De plus, 71 % d’entre eux craignent la mise en place d’une mesure de prélèvement de leur épargne.

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Être sélectif

Dans ce contexte de crise larvée, les épargnants sont à l’affût de placements adéquats ne serait-ce que pour protéger leur patrimoine. Mais lequel choisir ? Les placements sûrs – Livret A, fonds en euros de l’assurance-vie, PEL… -, ont vu leur rendement chuter drastiquement ces dernières années. Quant à la Bourse, même si elle a renoué fin avril avec ses plus hauts de janvier 2008, à 5 268 points, les investisseurs particuliers gardent en mémoire les nombreux aléas ayant émaillé son parcours sur ce seul début de XXIème siècle, avec les krachs successifs de 2001, 2002, 2008 et 2011…

Dans ce contexte incertain, l’immobilier fait une fois de plus figure de valeur refuge aux yeux des Français. Mais, la pierre a également eu ses passages à vide. Si sur les 15 dernières années, de fin 1999 à fin 2014, le prix des logements a flambé de 150 % en moyenne, il convient de se remémorer qu’à la fin des années 1990, l’immobilier était déprimé, avec un recul de 10 % en dix ans des prix des logements parisiens. Sur cette décennie, dans le sillage de la bulle des high-tech, la Bourse s’était pour sa part envolée d’environ 200 %.

Difficile dans ces conditions de trouver une martingale pour placer son épargne. Une bonne raison à cela. Elle n’existe pas. De l’avis de tous les professionnels, la diversification reste le maître-mot. Mais cette diversification doit être intelligente. Il ne suffit pas de répartir son épargne à travers un large spectre de classes d’actifs pour être gagnant. Plus que jamais, la diversification doit s’appuyer sur une grande sélectivité.

Pour s’en convaincre, il suffit de revenir au cas de l’immobilier. Chaque bien est différent. Toutes les villes ne se valent pas. Et dans tous les cas, il est souvent difficile de vendre au dessus du marché en dehors de certains biens d’exception. C’est à l’achat que se construit la future plus-value. Il ne faut en outre pas oublier d’intégrer une multitude de coûts annexes comme les frais de notaire, surveiller le niveau des impôts fonciers et ne pas oublier le poids au fil des ans des travaux d’entretien, en particulier le ravalement, la réfection des toitures ou l’entretien des ascenseurs…

 

Investir en fonction de son profil

Pour investir judicieusement, chaque épargnant doit par ailleurs tenir compte de ses spécificités personnelles au moment de choisir la répartition des ses actifs et de sélectionner les produits financiers les plus adaptés. L’âge est en particulier à prendre en considération. Pour les plus jeunes, il faut tenir compte des nombreuses dépenses liées à leur entrée dans la vie active : achat de voiture, aménagement de leur habitat, études…. Leur horizon n’étant pas totalement dégagé, ils doivent privilégier les placements les plus liquides… Si leurs revenus sont conséquents, ils pourront par ailleurs opter pour des placements de long terme plus risqués.

À l’opposé, les plus âgés devront avant tout privilégier la sécurité. De fait en cas de pertes, ils n’auront pas forcément le temps de patienter pour escompter un retournement de marché. Pour les patrimoines importants, il sera conseillé de faire la part belle à l’assurance-vie en raison de ses nombreux avantages successoraux, au plan civil ou fiscal. Concernant les investisseurs entrant dans la tranche d’âge des 40 à 60 ans, il leur est par contre conseillé de prendre une part de risque et de mettre une dose d’actions dans leur portefeuille. Pas question toutefois de jouer les casse-cou et de miser l’ensemble de ses économies en bourse. Une poche de placement liquide mais également sécuritaire est toujours indispensable.

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Tenir compte de sa situation familiale

Pour prendre les bonnes décisions, il faut en outre examiner sa situation de famille. Si vos enfants sont grands et volent de leurs propres ailes, vous serez bien plus libres d’exposer vos économies sur des placements risqués que s’ils sont jeunes et susceptibles d’avoir besoin d’une aide dans les prochaines années. De manière générale, soyez un peu plus sécuritaire si d’autres personnes comptent sur vous.

Jugez enfin les opportunités de placement d’un capital en fonction de la composition de votre patrimoine existant. Si vous avez déjà de nombreux placements sécuritaires, vous pourrez ainsi exposer un peu plus votre capital sur des produits risqués. À l’inverse, si votre patrimoine est déjà très dynamique, augmentez plutôt le curseur vers les formules à risque faible ou limité.

 

Structurer fiscalement son patrimoine

Par ailleurs, si l’avantage fiscal doit être considéré comme la cerise sur le gâteau en matière de placements, le premier objectif étant de cibler les produits dégageant le niveau de performance conforme à vos objectifs, il convient avant même de souscrire de penser à l’environnement fiscal.

Pour les actions, le PEA est ainsi tout à fait indiqué. Il permet d’échapper à l’imposition des revenus et des dividendes générés. L’incidence fiscale varie toutefois en fonction de la durée d’immobilisation des fonds. Elle est minimale après 8 ans de détention. Le PEA est toutefois soumis à un plafond de versements de 150 000 euros et il ne permet d’investir que dans des valeurs européennes.

À cet égard, l’assurance-vie s’avère nettement plus souple. Elle permet de sélectionner des actions de tout horizon géographique et ne fait l’objet d’aucun plafond en ce qui concerne les montants investis. L’assurance-vie permet en outre d’accéder aux fonds en euros, placement à taux garantis, ce qui constitue un havre de paix salutaire, surtout en période de correction des marchés actions. Contrairement au PEA, il est en outre possible de jouer la diversification avec des obligations. Enfin, l’assurance-vie a un énorme avantage d’ordre civil, avec la possibilité de transmettre un patrimoine tout en s’affranchissant des droits de succession.

Pour l’immobilier, la question de la fiscalité doit aussi rapidement entrer en ligne de compte, notamment pour les tranches marginales d’imposition les plus élevées. Les revenus fonciers ont de fait une forte incidence sur l’impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux. Dans le cas d’un logement voué à la location, le régime Pinel sera en particulier à étudier. L’acquisition en nue-propriété a également nombre d’avantages pour les propriétaires disposant déjà de gros revenus. Cela permet de générer du capital sans avoir de loyers imposables pendant la période de démembrement dans la perspective par exemple de sa retraite.

 

L’immobilier pour tous

Une fois ces principes de base respectés, à savoir investir en fonction de son profil de risque, de sa situation familiale et en tenant compte du poids de la fiscalité, la recherche de diversification peut commencer.

Présenté comme le socle de tout patrimoine, l’acquisition de sa résidence principale n’est pourtant pas à la portée de toutes les bourses. Cela n’exclut pas d’investir dans l’immobilier. Avec 50 000 euros, il est possible de cibler des SCPI de rendement. Leurs rendements avoisinent les 5 %. Concentrer son investissement sur une seule SCPI n’est toutefois pas forcément judicieux. Il est conseillé de souscrire plusieurs SCPI, en veillant à ce qu’elles ne soient pas investies dans le même type d’actifs ou qu’elles se différencient en matière de répartition géographique.

Les OPCI sont aussi une bonne solution au sein d’un contrat d’assurance-vie pour se diversifier au-delà du support en euros. À la différence des SCPI, elles ne sont toutefois pas de la pure pierre papier. Elles peuvent intégrer une part d’actions.

Pour les patrimoines plus conséquents, rien n’interdit d’investir en direct et, en parallèle, de détenir des SCPI. Ce sont même d’excellents compléments. Les SCPI permettent en effet à des particuliers d’accéder à des marchés plus difficiles comme les commerces, les bureaux ou les entrepôts…, dont les baux commerciaux sont longs et souvent complexes à maîtriser, en particulier en matière de réglementation. Compte tenu des taux de crédit actuellement bas (voir encadré), recourir au crédit est par ailleurs tout à fait conseillé, pour acquérir un bien immobilier en direct et même des SCPI !

 

Une reprise économique à confirmer

Avec un début d’année en fanfare, les marchés actions ont aussi de quoi attirer l’attention des épargnants. Mais, il convient de bien comprendre les facteurs qui ont boosté les bourses.  Le patron de la BCE, Mario Draghi, a notamment fait un cadeau inespéré aux investisseurs, avec une montagne d’euros pour relancer l’économie de la zone euro avec au programme l’injection de 1,1 trilliards d’euros, le fameux QE. Par ailleurs, les États-Unis ont inondé le marché de pétrole de schiste depuis le second semestre 2014 au point de provoquer un engorgement des zones de stockage et un nombre incalculable de tankers aux cuves pleines sillonnant les mers, provoquant l’effondrement du prix du baril. Enfin, l’euro a chuté grâce aux effets du QE, ce qui a été salutaire pour les entreprises exportatrices souffrant depuis trop longtemps d’une sous-évaluation du dollar.

Tout concourt donc sur le papier à une forte progression des marchés européens. Il convient tout de même de s’interroger sur la solidité de ces fondamentaux, même si la croissance française sur les trois premiers mois de l’année a été plus forte que prévu. La nette remontée des cours du baril, avec un Brent revenu à plus de 60
dollars, pose en effet question. La prudence s’impose donc concernant un scénario de pétrole durablement bas et de reprise de la consommation au détriment de l’épargne. N’oublions pas non plus les faibles possibilités de reprise d’activité via le secteur public, déficit budgétaire et stock de dettes obligent ! Une croissance pérenne passera en outre par une reprise de l’investissement productif, ce que les statistiques ne montrent pas pour le moment.

 

Regain de volatilité sur les actions

Malgré tout, nombre d’analystes recommandent toujours d’augmenter la poche allouée aux actions ou d’y investir si cela n’est pas encore le cas. La hausse des indices européens en particulier ne serait pas terminée. De fait, au-delà des interrogations sur la croissance, le quantitative easing de la BCE est un puissant soutien aux
marchés. En Bourse, l’année 2015 pourrait donc se révéler un bon cru !

« Après une hausse de 20 % en trois mois pour l’EuroStoxx50, il n’est pas ahurissant d’imaginer l’indice afficher une performance annuelle de +40 %, à l’image des résultats obtenus par l’indice S&P 500 ces dernières années aux États-Unis, dans un environnement d’amorçage de la reprise économique comparable »

estime notamment Christian Jimenez, Président de Diamant Bleu Gestion, tout en ajoutant

« attention toutefois, la progression boursière ne devrait pas être linéaire et il ne faut pas écarter quelques pauses correctives dans la progression des marchés européens, pauses qui seraient autant d’opportunités pour renforcer les positions. Les valeurs de rendement offrent de beaux profils rendement-risque au regard du contexte de taux et devraient permettre de capter un surplus de performance pour dynamiser les portefeuilles des investisseurs ».

Globalement, et en dépit de la mauvaise passe traversée par l’économie américaine au premier trimestre, le consensus des investisseurs estime que les fondamentaux restent solides et les perspectives de croissance encourageantes, notamment en Europe. Ils demeurent au final dans bien des cas surexposés sur les actions
européennes et japonaises.

À l’inverse, ils restent logiquement sous-pondérés sur leurs homologues américaines. Enfin, ils conservent un positionnement « neutre » sur l’Asie et les marchés émergents.

 

Un krach obligataire ?

La récente volatilité sur les marchés actions est en grande partie la conséquence de la correction obligataire observée en avril. Les principaux taux souverains européens, Bund allemand en tête, se sont tendus sensiblement. Ces mouvements assez inattendus peuvent s’expliquer non seulement par la hausse récente des anticipations d’inflation en zone euro, des cours du pétrole et plus globalement des indicateurs de croissance, qui justifient mécaniquement des taux plus élevés. L’ éclaircie sur le front de la croissance en Europe ouvre la voie à un rééquilibrage légitime des taux obligataires européens, après qu’ils ont atteint des niveaux déraisonnablement bas !

« Le scénario d’un véritable krach obligataire est probablement exagéré, mais il faudra rester attentif à toute publication macro-économique de nature à soutenir les anticipations d’inflation pour les mois à venir, mais aussi au comportement des banques centrales par rapport à ces perspectives d’inflation »

indique dans une note d’analyse, Nicolas Chéron, Responsable du département recherche chez CMC Markets France.

Au final, le sentiment dominant reste que les détenteurs d’obligations ne doivent pas céder à la tentation de prises de profit sur les titres souscrits il y a quelques trimestres ou quelques années. Car la politique offensive de la BCE va continuer à entretenir la convergence des taux souverains. Autrement dit, les détenteurs d’obligations doivent se contenter du rendement qui leur est assuré plutôt que de sortir de l’obligataire pour se reporter sur des placements d’attente. L’attente pourra être longue, une véritable remontée des taux n’étant pas encore pronostiquée ! Les emprunts d’État ne sont en outre pas forcément la classe d’actifs à privilégier. Il existe des opportunités au sein du crédit corporate high yield, en particulier européen (ex : Air France callable 2020).

Au final, la combinaison de ces différentes classes d’actifs est possible dans le cadre d’une gestion diversifiée flexible, qui a traditionnellement pour but de délivrer des performances dans toutes les configurations de marché, tout en maîtrisant l’exposition au risque. Tout ce qui doit être plébiscité par les investisseurs aujourd’hui.

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