DES SALLES DE MARCHÉ PLUS OPTIMISTES ET OFFENSIVES

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Les prévisions des salles de marché montrent un regain d’optimisme pour l’économie mondiale en général et européenne en particulier. Quant à leurs stratégies actions, elles misent sur une remontée des bénéfices et de l’activité pour conseiller un retour vers les cycliques.

 

La dépêche a valeur de symbole. Reste à déterminer l’importance que celui-ci mérite. Selon les données compilées par l’Institut Français de la Mode, les ventes de textile-habillement ont bondi de 7 % en novembre. Sans le prompt renfort de soldes pour gonfler les recettes des détaillants, franchisés et autres grands magasins. Les optimistes pointent aussi la hausse de 15 % enregistrée dans le nord et l’est de l’Hexagone pour décréter l’arrivée de la reprise comme les paysans montrent le retour des hirondelles pour claironner le retour des beaux jours. Pour convaincre, ils citent également la bonne tenue du marché automobile européen : depuis trois mois, il ne recule plus (+ 1,2 % en novembre). Reste à savoir si cette embellie n’était pas qu’un simple rebond technique. Ou à espérer qu’une nouvelle crise financière ne vienne briser net cet élan.

 
Du côté des salles de marché, le moral remonte doucement mais sûrement depuis le début de l’été. Même le tapering aux États-Unis ne suscite plus de sueurs froides. Tout juste admet-on ici et là que l’amorçage très graduel de cet « écopage » (les injections de liquidités passeront de 85 à 75 milliards de dollars) entraînera quelques turbulences au cours des premières semaines de l’année. « Autant d’opportunités de rachats à bon compte pour renforcer son exposition aux actions » jubile Peter Garnry, le responsable de la stratégie actions de Saxo Bank. En fait, le patron de la FED, Ben Bernanke, a enrobé sa pilule dans moult sucreries : l’assurance de taux directeurs nuls tant que le chômage ne serait pas repassé sous la barre de 6,5 % de la population active, une remontée de sa prévision de croissance pour 2014 de 2,8 à 3,2 % et l’assurance de taux inchangés sur l’année. Il peut donc transmettre à Janet Yellen la barre d’une économie US revigorée : le PIB américain s’apprécierait d’au moins 2,5 % cette année à en croire divers bureaux d’études. Voire capable de tirer le reste du monde sur le chemin de la reprise ? Et de se hisser au-delà des 3 % de progression du PIB global escompté par le FMI ?

 
Car en 2014, il faudra moins compter sur la locomotive des pays émergents. Dans les salles de marché, on parle moins des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) et de plus en plus des « Cinq Fragiles » : le Brésil et l’Inde, qui vont tous les deux connaître des élections cruciales, la Thaïlande, la Turquie et l’Afrique du Sud. Alors que la Chine tente de maîtriser la décélération de son économie, ces pays, et dans une moindre mesure la Thaïlande, se retrouvent en première ligne des dégâts collatéraux causés par le tapering ou arrêt progressif des injections massives de liquidités de la FED américaine : un retrait, voire une fuite de capitaux et des exportations plombées par une monnaie arrimée à un dollar revigoré. Sans oublier une concurrence japonaise redynamisée par l’Abenomie.

 
Et si le salut venait de la Vieille Europe ? « Ce n’est pas le début de la fin, mais la fin du début… » expose Lars Seier Christensen, le chef économiste de Saxo Bank sans la livraison des prévisions annuelles de la banque danoise. Pour Eric Chaney, son homologue chez Axa Asset Management, « la croissance s’améliorera, alimentée par une forte demande extérieure et une consommation solide ». Mais la reprise demeurera modeste : + 1,3 % selon ING Invest Management. Davantage, ce rebond timide sera très contrasté : prononcé dans les pays périphériques de la zone euro (Italie, Espagne, Grèce), confirmé au Royaume-Uni et en Allemagne, et, qui sait, éventuel en France. S’agissant de l’Hexagone, une chose est sûre : le retournement n’inversera pas la courbe du chômage, a moins d’une accélération au second semestre qui permettrait de le stabiliser. Cette hypothèse repose aussi sur une bienveillance des marchés financiers renonçant à faire pression sur le gouvernement pour amplifier et accélérer des réformes structurelles indispensables.

 
La perspective d’une hausse de l’activité et des bénéfices des entreprises alimente l’optimisme bien tempéré des salles de marché. Pour justifier sa surpondération en actions, JP Morgan s’appuie sur «le redémarrage cyclique des économies (qui) va provoquer une ré-accélération de la croissance des bénéfices sur les marchés développés ». Le Cac 40, comme les indices européens et mondiaux, devrait connaître une autre bonne année, à l’image du cru 2013 s’achevant sur un gain de près de 20 %. CPR AM table sur une hausse des actions européennes et américaines de 5 %, de 7,5 % pour les nippones et de 2,5 % pour celles des marchés émergents. Si Mathieu L’Hoir surpondère les européennes (à l’exception des britanniques et des helvétiques), pour AXA AM, David Ganozzi adopte une position différente chez Fidelity : il privilégie les américaines et les japonaises au détriment de celles du Vieux Continent. En cause ? La valorisation des unes et des autres : trop élevées outre-Atlantique pour le premier, un peu trop chères en Europe pour le second. Quant aux éventuelles corrections qui pourraient se produire, elles constituent autant d’opportunités d’achats aux yeux de Philippe Troesch, le président de Meeschaert AM.

 
Avec une reprise en phase de consolidation des deux côtés de l’Atlantique, une rotation s’amorce en faveur des valeurs cycliques, au détriment de celles dites défensives. Chez ING Investment Management, Patrick Moonen affiche ses préférences pour les télécoms et le luxe, l’automobile, la construction, et pour toutes les valeurs qui tireront leur épingle du jeu dans un contexte de consommation européenne défensive. Au contraire, Saxo Bank exprime ses réserves sur la consommation discrétionnaire, estimant que sa croissance ralentira dans les prochaines années. Reste le pari très audacieux des équipes de Morgan Stanley : jouer les valeurs dollars (le billet vert s’appréciera) et chinoises, c’est-à-dire les entreprises les mieux placées pour profiter de la priorité donnée par l’empire du Milieu à la montée en gamme de son économie et à la satisfaction de sa demande intérieure.

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