BANQUES EN LIGNE : L’ÈRE DE L’EPARGNE

Apparues à l’aube des années 2000, les banques en ligne s’adressaient à leurs débuts à des clientèles déjà bancarisées, avec des offres globalement complémentaires à celles des réseaux traditionnels. Aujourd’hui, avec la multiplication des acteurs et l’extension de leurs services, elles touchent de plus en plus le grand public. La nouvelle vague Internet bouscule tous les segments de la gestion de l’épargne et des placements. Mais avec quels bénéfices pour les épargnants ?

 

À l’horizon fin 2020, les banques en ligne et néo-banques tablent sur un triplement de leur fonds de commerce, selon l’ACPR. Ces nouveaux acteurs bancaires estiment que le nombre de leurs clients devrait atteindre les 13,3 millions d’ici trois ans en France.

Ces projections intègrent toutefois des établissements aux profils très variés. La 1ère génération de ces nouveaux acteurs bancaires est née avec l’avènement d’Internet, à l’image d’ING Direct en 2000, depuis rebaptisé tout simplement ING, tout comme Fortuneo, Boursorama ayant vu le jour en 2002… La 2ème génération d’acteurs est née autour des années 2010, en réaction à la structuration du marché des banques en ligne.

Le groupe Crédit Agricole a lancé BforBank en 2009 et BNP Paribas a lancé Hello Bank en 2013, se revendiquant comme « la première banque mobile européenne ».

Plus récemment, deux nouvelles typologies d’acteurs ont encore émergé. S’appuyant toujours sur les outils de relation à distance, comme le téléphone, Internet ou le mobile, les premiers misent sur des offres forfaitaires simplifiées, l’absence de conditions de revenus et un réseau de distribution physique préexistant pour conquérir un spectre plus large de clients. Lancé en 2013, le compte Nickel incarne parfaitement cette génération dont le développement repose sur un partenariat avec les buralistes. Depuis 2017, c’est également le cas du compte C-Zam proposé par Carrefour Banque, qui s’achète en magasin Carrefour ou d’Orange Bank qui s’appuie sur le réseau des boutiques Orange ou
encore de Ma French Bank, filiale de La Banque Postale. La dernière vague, ou 4ème génération, est constituée d’offres nativement mobiles, centrées sur les services de paiement. C’est le cas de Revolut, établissement de monnaie électronique britannique présent depuis 2015 en France, et de N26 Bank, établissement de crédit allemand
présent depuis 2017.

 

Une solidité financière à confirmer

Les néo-banques se comptent désormais par dizaines. Certaines vont prendre une place durable sur le marché bancaire français, avec des centaines de milliers d’utilisateurs. Mais l’ACPR reste vigilante concernant la pérennité et la solidité de l’ensemble de ces acteurs, soulignant que son examen du marché des banques en ligne montre que « les incertitudes restent nombreuses quant à la capacité des nouveaux acteurs bancaires à construire un modèle d’affaires rentable.

Aujourd’hui, ceux-ci se retrouvent en concurrence tant avec les réseaux traditionnels qui ont désormais engagé leur transformation numérique qu’avec de tout nouveaux acteurs européens qui disposent d’un passeport entrant en France et qui s’y montrent particulièrement actifs. »

À ce jour, rares sont en effet les banques en ligne à être parvenues à construire un modèle rentable. À leur décharge, il convient toutefois de souligner que certains de ces établissements sont encore en phase de lancement ou de croissance, si bien qu’environ la moitié de ces établissements espèrent être rentables à fin 2020. Ils profitent de fait d’une forte dynamique, trois quarts des ouvertures de compte se faisant chez des banques en ligne. Par ailleurs, d’après une étude menée par Affinion International et Toluna, 22 % des Français disposeraient déjà d’un compte en ligne et 28 % envisageraient d’en ouvrir un.

 

Des dépôts pas toujours garantis

Pour les épargnants, le risque de perdre leur économies est toutefois limité. Les banques en ligne de première et deuxième génération en particulier sont généralement adossées à des établissements financiers traditionnels disposant d’une large assise financière. En cas de pépin, leurs maison-mères voleront sans aucun doute à leur secours. Un client de Boursorama Banque n’a pas plus de souci à se faire que son homologue de la Société Générale. Fortuneo est pour sa part une filiale du Crédit Mutuel Arkéa, Monabanq du CIC ou encore Hello Bank de BNP Paribas. Même les fintechs de dernière génération n’échappent pas à ce mouvement. Yomoni est soutenue financièrement par le Crédit Mutuel Arkéa, WeSave a été rachetée début 2019 par Amundi… L’adossement ou pas à un groupe renommé peut d’ailleurs constituer un critère de choix lors de l’ouverture d’un compte dans une banque en ligne.

Les banques en ligne sont en outre soumises aux mêmes règles et obligations que les établissements traditionnels. Cela concerne notamment les règles prudentielles qui protègent les épargnants d’une faillite potentielle. Mais encore faut-il que ces établissements disposent d’un agrément d’établissement de crédit délivré par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), signifiant qu’elles adhèrent et cotisent au Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR).

En cas de défaut, les dépôts des clients seront couverts à hauteur de 100 000 euros par déposant.  Par contre, les néobanques comme Revolut ou le compte Nickel ne disposent pas d’une licence bancaire. Les dépôts de leurs utilisateurs ne sont donc pas couverts par le fonds de garantie !

Des tarifs très compétitifs

Pour expliquer cet engouement pour les banques en ligne, les économies réalisées par leurs utilisateurs, message largement martelé dans les spots publicitaires TV, constituent la première explication. Leurs tarifs sont sans comparaison avec les établissements traditionnels disposant d’agences physiques. Les frais annuels peuvent être divisés par cinq. En moyenne, ces frais s’élèvent à 30 euros pour un compte bancaire en ligne contre environ 150 euros pour une banque ayant pignon sur rue. De fait, les banques en ligne proposent de nombreux services gratuits, notamment la carte bancaire, des produits d’épargne sans frais d’entrée et des frais de gestion très compétitifs. Les offres promotionnelles pour les nouveaux clients ajoutent également à l’intérêt des banques en ligne. Pour l’ouverture d’un compte, ces offres de bienvenue oscillent généralement entre 80 et 120 euros. Certaines banques en ligne offrent aussi des primes pour domiciliation du salaire. Elles peuvent atteindre 250 euros. En cas de parrainage d’un nouveau client, les parrains peuvent également bénéficier d’un bonus pouvant s’établir à 100 euros…

Nombre de ces offres sont toutefois conditionnées. Le compte bancaire devra dans bien des cas être actif. Les primes de bienvenues ne sont versées par exemple que si un minimum de trois opérations ou paiements sont réalisés par carte de crédit dans le mois suivant l’ouverture de votre compte. Les banques en ligne ne sont de fait pas des philanthropes. Des frais de tenue de compte peuvent aussi être facturés si le nombre de règlements effectués par mois ne dépasse pas un seuil minimum ou tout simplement si vos revenus ne sont pas domiciliés dans votre e-banque. Un minimum d’encours sur le compte peu aussi être exigé.

 

Un suivi de clientèle en progrès

Opter pour une banque en ligne, signifie bien souvent faire une croix sur une relation physique avec un conseiller de clientèle. Mais à l’ère du digital, les moyens de communiquer ont évolué. Efficaces et simples, ils ouvrent également la voie à une large personnalisation de la relation. Les horaires pour joindre un conseiller, bien que par téléphone, sont en outre plus étendus que pour une banque traditionnelle. Ils peuvent s’échelonner de 8 heures à 21 heures. Les banques en ligne ont par ailleurs réalisé de réels efforts pour réduire le temps d’attente.

ING promet par exemple de répondre aux appels de ses clients en moins d’une minute, et même, pour 70 % des cas, en moins de 30 secondes.

Chez la plupart des acteurs en ligne, les ouvertures de compte peuvent être réalisées intégralement sur Internet. Les pièces justificatives peuvent même être numérisées et adressées par le web en toute sécurité. Au-delà des économies sonnantes et trébuchantes, les gains de temps sont réels. Il en va de même pour la gestion des bons vieux chèques. Il suffit de les adresser par courrier. Le seul bémol réside dans les dépôts d’argent liquide. Certaines banques en ligne ne sont adossées à aucun réseau bancaire traditionnel. L’opération ne sera dès lors tout simplement pas possible. Il faudra d’abord déposer les espèces dans une banque traditionnelle et effectuer un virement bancaire.

 

Une gamme de produits d’épargne de plus en plus étoffée

Les banques en ligne affichent par ailleurs une palette de prestations de plus en plus large. Pour les acteurs historiques comme ING ou Boursorama, l’écart avec les banques traditionnelles est de plus en plus maigre. Loin de se cantonner au compte courant, la carte bancaire et les livrets d’épargne, les banques en ligne ont depuis longtemps investi le champ de l’assurance-vie et du courtage en ligne, avec, sur ce dernier segment, des offres toutefois inégales. Les livrets d’épargne aux taux promotionnels et l’assurance-vie sans frais d’entrée et aux frais de gestion light ont littéralement bousculé le marché, imposant même de nouveaux standards.

Le courtage en ligne n’a pas échappé à cette baisse des frais tous azimuts.

La dernière offensive des banques en ligne porte ces dernières années sur le crédit, à la consommation et immobilier. Les solutions proposées restent pour le moment relativement basiques. Le taux du crédit n’est souvent pas négociable mais modulé en fonction de la durée du crédit et de son montant. Les frais de dossier sont par contre nuls et le délai de réponse à la demande de crédit réduit à sa portion congrue. La domiciliation du salaire n’est pas un impératif. Mais le crédit immobilier reste l’apanage des grandes acteurs de la banque en ligne. Les nouveaux entrants comme les néobanques Nickel, N26, Revolut et Orange Bank n’ont pas cette flèche à leur arc.

 

Des spécialistes haut de gamme

Pour bénéficier des meilleurs services, se tourner vers des généralistes n’est pas toujours la solution idéale. Or, en matière de spécialisation et de savoir-faire, Internet permet d’accéder à des professionnels dont les compétences sont de longue date reconnues. Dans le courtage Saxo Bank, IG ou encore CMC market… Pour les investisseurs en bourse souhaitant un maximum de diversification de leur compte-titres, ces opérateurs donnent accès aux supports les plus variés : des actions vives aux trackers en passant par les outils à effet de levier pour les investisseurs les plus actifs. La compétition prévalant sur le marché du courtage, ces plateformes en ligne permettent au même titre que les grandes banques en ligne d’accéder aux tarifs les plus compétitifs.

Avec l’essor des fintechs, de l’intelligence artificielle et des robo-advisors, l’ensemble de la gestion d’épargne et de patrimoine est en réalité en ébullition et se démocratise. Le segment de la Wealthtech gagne également du terrain et représente près de 10 % des startups fintech françaises, alors que quatre wealthtechs sur dix ont été créées ces deux dernières années. Malgré l’afflux de nouvelles technologies et d’outils d’analyse toujours plus performants, la gestion de patrimoine ou de son portefeuille d’actions…
nécessitera toutefois toujours et encore d’aborder la gestion de son épargne et les marchés financiers avec la plus grande prudence. Faibles taux d’intérêt et incertitudes resteront les maître-mots
pour 2019 !

 

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